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Textes d'opinion

Internet: le gouvernement n’est pas reconnu pour sa haute vitesse

Le gouvernement n’est pas reconnu pour sa rapidité. Cette évidence n’a pas empêché le député caquiste d’Orford, Gilles Bélanger, de proposer la création d’une nouvelle société d’État chargée de livrer l’Internet haute vitesse à tous les ménages québécois.

Selon la proposition de l’élu, après le piètre déploiement de la plateforme SAAQclic, les fonctionnaires plancheraient sur la création d’une infrastructure, détenue par l’État et louée aux fournisseurs indépendants, qui fournirait l’accès à l’Internet haute vitesse ou au réseau cellulaire aux quatre coins du Québec.

S’il faut reconnaître que l’objectif – un meilleur accès aux technologies de l’information dans nos régions – est louable, la méthode paraît plutôt bancale.

Après tout, on pourrait se questionner quant à l’expertise des fonctionnaires sur la question déploiement et à la gestion d’infrastructures de télécommunications aux quatre coins de la province.

Et les risques de ratés sont importants, comme le montre l’exemple du National Broadband Network en Australie. Ce réseau, proposé en 2009 par le gouvernement travailliste de Kevin Rudd, se voulait un moyen de connecter tous les Australiens à un service Internet plus rapide et moins cher que ce qui était offert par les entreprises de télécommunications locales à l’époque.

Le gouvernement australien aspirait même à ce que la société d’État devienne une vache à lait très profitable, rapportant un retour sur le capital de sept pour cent par année. En bref, il ne semblait y avoir que des avantages, sans inconvénient.

Comme à l’habitude, lorsque le gouvernement fait des promesses mirobolantes dans un domaine qu’il connaît bien peu, le résultat, quelques années plus tard, est un tout autre tableau.

Après de longs délais d’implantation, des révisions à la baisse des vitesses promises et une explosion des coûts, le gouvernement australien lui-même a estimé qu’il avait perdu 36 milliards de dollars au net dans l’aventure à la fin 2021.

Selon la même estimation, les profits des 19 années subséquentes feraient diminuer les pertes totales à 25 milliards de dollars, au lieu de 36, en 2040.

Et ce n’est pas comme si l’infrastructure offrait des vitesses hors du commun à ses usagers non plus. En fait, l’un des grands risques auxquels ce réseau de télécommunications géré par l’État australien fait face est l’implantation progressive de technologies plus rapides, avec plus de capacités, et moins coûteuses par ses compétiteurs dans le domaine.

Il faut le reconnaître, la capacité de transmission de données – ainsi que nos besoins en la matière – est en croissance constante, ce qui implique une mise à jour régulière des technologies utilisées et contribue fortement aux risques transférés vers les portefeuilles des contribuables. Et c’est sans compter les coûts associés à la gestion de l’infrastructure sur toute sa durée de vie.

Dans cette perspective, il ne semble pas particulièrement sage que le gouvernement s’attribue cette nouvelle responsabilité, telle que le souhaiterait le député d’Orford; surtout dans la perspective où des entreprises privées ont l’expertise.

Il importe d’ailleurs de reconnaître que le gouvernement du Québec n’est pas reconnu pour sa capacité à mener à bien des projets en technologies de l’information. Pensons au fiasco récent de la plateforme SAAQclic, à la saga de la fin des télécopieurs dans le système de santé, ou encore aux milliards que nous avons engloutis depuis 2006 pour informatiser – toujours sans succès – les dossiers médicaux des Québécois et Québécoises.

Il importe de reconnaître que, dans l’implantation d’une installation commerciale à la fine pointe de la technologie – comme un réseau de fibre optique pour l’accès à l’Internet haute vitesse, le privé est plus efficient que l’État, en général, par définition, tel que l’affirmait le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon il y a quelques mois.

La bonne nouvelle, c’est que les collègues de M. Bélanger, au gouvernement, l’ont bien compris. Au cours des précédentes opérations de connexion, ils ont opté pour des mesures incitatives permettant de connecter ceux et celles qui n’avaient pas encore accès à l’Internet haute vitesse, plutôt que de créer un nouveau mastodonte géré dans une tour à Québec. Aujourd’hui, le Québec est la province la plus connectée au Canada, avec près de 95 pour cent des ménages ayant l’accès à l’Internet haute vitesse. Pourquoi réinventer la roue alors que l’approche actuelle fonctionne?

Gabriel Giguère est analyste en politiques publiques à l’IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.

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